Atelier  « Crise actuelle des métiers du développement – quels enjeux pour la recherche/formation? »



Atelier  « Crise actuelle des métiers du développement – quels enjeux pour la recherche/formation? »

Qu’est-ce que cela implique de travailler dans le développement et pour le développement en Afrique aujourd’hui, face aux nouveaux défis posés par l’avancée de phénomènes tels que le changement climatique, les grandes migrations, l’échec des approches technicistes et productivistes au développement? Quel rôle l’innovation rurale joue-t-elle pour le bien-être des communautés locales et que signifie réellement « innover » dans des contextes aussi complexes? Quelles nouvelles compétences sont requises pour travailler sur le terrain avec les communautés rurales, dans une optique de co-recherche et de co-validation des innovations? Et enfin, quelle contribution peut être apportée par l’université pour la formation d’une nouvelle génération d’agents de développement, capables de travailler à l’émergence et au soutien des dynamiques innovantes des communautés?

Autour de ces questions, le Master Agrinovia, au sein de l’Université Ouaga 1, et l’Université Roma Tre (Italie) ont organisé le 27 et 28 Octobre 2017 l’atelier « Crise actuelle des métiers du développement: quels enjeux pour la recherche/formation ». Les principaux objectifs de cet atelier, réalisé avec le soutien de la Coopération Italienne au Développement, étaient de:

  • réunir les différentes familles d’acteurs concernées par les questions de développement incluant les agents de terrain, les étudiants en formation, les enseignants et chercheurs, autour du diagnostic de la situation de crise;
  • créer un espace d’échange et de réflexion pluridisciplinaire sur les pratiques professionnelles de terrain et les obstacles/nœuds qu’elles affrontent au quotidien, révélant l’urgence de construire de nouvelles compétences pour faire face aux défis émergeants, en vue d’une relecture des offres de formation en développement;
  • capitaliser ces informations et échanges, pour appuyer la dynamique de changement nécessaire dans l’enseignement supérieur, soucieux d’offrir des formations toujours plus en phase avec les besoins du terrain (mise à jour des curricula et des approches pédagogiques).

Les deux journées de travail ont été animées par une série d’interventions et communications, suivies de séances de discussion gérées par des facilitateurs. L’atelier a réuni des professeurs de diverses universités de la sous-région, des cadres et des professionnels de projets et de ONGs, des organisations paysannes, des chercheurs et des anciens étudiants, sous la supervision scientifique du Prof. Jacques Nanema (Coordinateur Agrinovia) de l’Université de Ouagadougou et du Prof. Pasquale De Muro de l’Université de Roma Tre (Italie).

Après la Cérémonie d’ouverture présidée par les représentants UO 1 / MESRSI et le Coordonnateur Agrinovia Prof. Jacques Nanema, nous avons discuté avec le Prof. De Muro des défis qui attendent Agrinovia à moyen terme, notamment l’innovation dans la didactique (séances de «formation-action» sur le terrain, organisation de stages en équipes d’étudiants, transformation des mémoires en recherche-action); l’ouverture de l’approche et de la méthodologie Agrinovia vers thématiques au-delà de l’agriculture (innovations non agronomiques telles que les innovations sociales, organisationnelles et institutionnelles); l’extension géographique- linguistique de la formation Agrinovia dans le reste de l’Afrique.

Avec la communication de Aurélie Toillier du CIRAD et de Nomande Prosper Kola, économiste au CEDRES, nous avons discuté le cas des “facilitateurs” de partenariats d’innovation multi-acteurs et leur besoins d’accompagnement, en soulignant les rôles, les compétences et les outils du métier de facilitateur, figure cruciale de la dynamique d’innovation.

 

Avec Michel Havard (CIRAD) et Dar Dabire nous avons abordé la question de l’évolution de la recherche en milieu rural, passant de la Recherche Action en Partenariat (RAP) à la Recherche Agricole Intégrée pour le Développement (IAR4D), avec l’expérience du collectif DP-ASAP au Burkina Faso. Mr. Havard nous a aussi illustré le rôle de l’accompagnement des agriculteurs dans le développement rural, ainsi que celui des conseillers de la vulgarisation au conseil agricole.

Nous avons discuté d’agribusiness, des chaînes de valeurs et de l’approche AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa) avec Stephane Bayala et nous sommes revenus sur la thématique de la recherche sur l’innovation rurale avec Hassane Issa, agro-environnementaliste, qui nous a proposé quelques repères méthodologiques à l’usage des étudiants et de leurs accompagnateurs/encadreurs.

Dr. Alessandro Meschinelli (GFAR-FAO) nous a présenté une stratégie pour le changement dans les métiers du développement et Dr. Sellamna a abordé la question de la vulgarisation a la (re)découverte des acteurs. Martha Populin, consultante du FIDA, nous a raconté l’expérience d’une socio-anthropologue étrangère dans un programme de développement national/international.

Nous avons aussi écouté la contribution de la Fédération des coopératives Maraîchers du Niger, qui nous a parlé du contexte agricole du pays, de l’évolution et du rôle des Organisations Paysannes au Niger et des défis et enjeux pour la filière maraîchère.
M.me Chantal Lompo, responsable de la Cellule Économie Agricole du Projet de gestion participative des ressources naturelles et de développement rural au Nord, Centre-Nord et Est
(Projet Neer-Tamba) du FIDA, après nous avoir présenté les objectifs et les composantes du projet (qui accueille en stage plusieurs étudiants Agrinovia), a discuté des contraintes professionnelles par rapport à la majorité des formations existantes (formation trop généraliste, insuffisance de l’apprentissage pratique, non dispensation de modules en lien avec les dynamiques d’innovations paysannes). De plus, nous avons fait le point sur les compétences complémentaires à prendre en compte dans les écoles et instituts de formation, comme par exemple le suivi-évaluation participatif, le genre, la maîtrise de l’outil informatique  et des GPS, la collecte électronique des données, la gestion des partenariats entre différents acteurs, etc. Enfin, nous avons écouté l’expérience des anciens étudiants Agrinovia, qui ont partagé avec le public présent leur parcours professionnel après la formation Agrinovia.
Cette pluralité de points de vue nous a permis de faire le point, bien que partiel et en constante évolution, sur la relation entre les offres de formation et les besoins du monde professionnel dans le domaine du développement rural, partant de l’hypothèse que seulement un échange continu entre le monde universitaire et le monde du travail peut conduire à la formation de professionnels qui puisse réellement avoir un impact positif sur le bien-être des communautés rurales.